Croyants même en confinement

Pendant le confinement, de nombreuses choses ont changé dans nos vies. Pour certains, cela est aussi passé par la fermeture des lieux de cultes. Comment les croyants des trois religions monothéistes ont-ils pu continuer à pratiquer leur foi pendant cette période difficile ?

La « fête de la libération » en confinement

Les juifs ont fêté Pessa’h du 8 au 16 avril. Cette fête célèbre la sortie du peuple hébreu d’Egypte, guidé par Moïse. Pendant cette période, il est coutume de lire des textes sacrés, de chanter, de prier… et de partager des repas en famille. Avec la distanciation sociale, les grandes tablées ont été interdites. La Pâque juive a donc été fêtée en famille dans la mesure du possible. Pendant les deux premiers et les deux derniers jours, l’utilisation de l’électricité fait partie des choses interdites. Mais certains rabbins ont permis aux personnes âgées et isolées de communiquer exceptionnellement par appel vidéo avec leur famille pendant cette période. Au sein de la communauté, cette proposition a néanmoins été majoritairement contestée, car elle a été perçue comme une profanation.

Les églises sont fermées ? Rendez-vous sur YouTube !

Pour les chrétiens, le confinement a également commencé dans une période très importante du calendrier religieux : peu après le Mercredi des Cendres, qui marque le début de la période de 40 jours de jeune du Carême. De nombreuses fêtes ont également eu lieu, dont la plus importante dans le christianisme : Pâques. La Semaine Sainte rappelle en effet les derniers instants de la vie de Jésus, de son entrée dans Jérusalem à sa résurrection trois jours après sa crucifixion. Ce moment est un temps de partage et de prière, où les familles se réunissent souvent. Pour pallier la fermeture des églises, de nombreuses paroisses ont organisé la diffusion de la messe dominicale sur des chaînes YouTube, afin de permettre aux fidèles de continuer dans la mesure du possible leurs rituels. Les fêtes de l’Ascension (le retour de Jésus au Ciel) et de la Pentecôte (la descente du Saint-Esprit sur Terre) ont également eu lieu, même si les circonstances de leur célébration ont été plus faciles à supporter, car le déconfinement avait alors débuté

Conséquence supplémentaire du confinement : de nombreux rassemblements et pèlerinages ont été annulés. L’un d’eux, le FRAT, est bien connu des jeunes catholiques. Cette année (comme toutes les années paires), il devait se dérouler à Lourdes et rassembler 12 000 lycéens du 4 au 9 avril. Toutefois, en consolation, les organisateurs de l’évènement ont mis en place le « FRAT à la maison ». En live sur YouTube pendant toute la durée du FRAT, des interventions de prêtres, de jeunes et d’adultes ont eu lieu. Même si cela ne remplace pas le FRAT « en vrai », ce fut une manière pour les jeunes inscrits de vivre différemment l’événement. Autre consolation pour eux, et pas des moindres : après de longues discussions, le FRAT est finalement reporté en février 2021 ! Un soulagement, notamment pour les élèves de première, qui ne peuvent y participer qu’une seule fois dans leur vie…

Un mois de Ramadan pas comme les précédents

Quant aux musulmans, le Ramadan a notamment eu lieu pendant le confinement. Nous avons interviewé une élève musulmane du CSO, qui a gentiment accepté de nous partager, par écrit, son expérience de ce Ramadan un peu « spécial » :

MB : Concrètement et spirituellement, qu’est-ce que le Ramadan ?
"Le Ramadan est l’un des cinq piliers de l’islam, à savoir : la profession
de foi, les cinq prières quotidiennes, l’aumône, le Ramadan et le pèlerinage 
à La Mecque. Il s’agit d’une période de recueillement au cours de laquelle 
les musulmans n’ont pas le droit de manger, de boire, de fumer, d’insulter 
et d’avoir des rapports intimes, et ce, de l’aube jusqu’au coucher du 
Soleil.
Mais en fait, il faut bien comprendre que le Ramadan n’est pas qu’une 
question de nourriture. C’est surtout un moment de spiritualité, de 
fraternité, de partage et d’aide aux plus démunis. C’est une occasion pour 
se repentir, pardonner et se rapprocher de Dieu. Le but étant d’apaiser nos 
cœurs et d’apprendre de nos erreurs tout en cherchant à ne plus les 
reproduire. En se privant de nourriture et de nos habitudes on se met à la 
place des plus démunis, ceux qui n’ont ni à boire ni à manger, parce que 
oui, il y a des gens sur cette Terre qui souffrent chaque jour de leur 
existence et qui rêvent d’un petit repas chaud à partager en famille." 

MB : Quelle est la place du Ramadan dans ta vie et comment le vis-tu pendant
cette période ? Qu’est-ce qui change par rapport à d’habitude ?
"Tout d’abord, il faut savoir que le mois du Ramadan est mon moment préféré 
de l’année. Je suis toujours très impatiente avant qu’il ne débute et très 
triste lorsqu’il se termine. Ce mois est très précieux pour moi et ce depuis 
mon plus jeune âge.
Pendant cette période, ce qui change le plus dans mon quotidien ce sont les 
soirées. En effet, en fin d’après-midi ou après les cours, j’aide à préparer 
le repas du soir (Iftar). Une fois le repas terminé, on a un petit peu de 
temps que l’on passe généralement ensemble. Après cette courte pause, nous 
devons aller à la mosquée pour prier ; mais ces dernières années, étant 
donné que ça tombe pendant la période de cours, je n’y vais pas toujours 
parce que sinon c’est assez difficile de dormir.
Donc je dirais que oui, ça change de ma routine habituelle et c’est toute 
une organisation ; mais franchement c’est un petit mois dans toute une 
année. Et puis personnellement j’aime bien le fait de pouvoir profiter 
pleinement de ma journée sans avoir à penser au repas ou à ce que je vais 
manger. J’apprécie aussi le fait qu’en jeûnant, je laisse à mon corps le 
temps de digérer mon unique repas de la journée et par la suite étant donné 
que je ne l’alimente plus pendant environ 20 heures je le laisse respirer et 
se “nettoyer de l'intérieur” un peu comme une détox. "

MB : Qu’est-ce qui est le plus dur pour toi ? Pourquoi ?
"Les deux choses les plus difficiles pour moi c’est le rythme qui est assez 
intense, et le fait de toujours devoir faire de son mieux. Alors encore une 
fois cela peut paraître étrange parce que la réponse type serait : “le plus 
dur c’est de ne pas pouvoir boire de l’eau notamment en période de forte 
chaleur” (ce qui n’est pas faux).
Cependant pour les musulmans, le mois du Ramadan c’est surtout un mois où il 
faut vraiment essayer de faire de son mieux, aider les autres, renforcer sa 
relation avec Dieu, travailler sur son comportement... Et parfois il m’est 
arrivé de justement ne pas faire de mon mieux ! Donc dès que j’ai un 
relâchement, je lis des passages du Coran et je les médite. Cela me permet 
de me rappeler à l’ordre, de me guider dans le droit chemin et surtout de 
réveiller le bon en moi."

MB : Trouves-tu des avantages à être confinée pendant ce mois de Ramadan ?
"Pour être claire, j’ai été très déçue quand j’ai réalisé que j’allais 
devoir passer ce mois de Ramadan confinée chez moi. Parce que comme je l’ai 
déjà mentionné, ce mois est pour moi synonyme de partage et de moments en 
famille et entre ami(e)s. Donc forcément, devoir se couper des autres et ne 
pas pouvoir les approcher, cela a été très dur à accepter, surtout que 
j’attendais cette période avec impatience… Mais disons qu’avec le temps, et 
de toute façon n’ayant pas eu le choix, j’ai fait avec. Cependant, avec du 
recul, puisqu’à l’heure où j’écris le Ramadan touche bientôt à sa fin, je 
dirais que le principal avantage à être restée chez moi, c’était surtout 
d’avoir pu réfléchir à la place de la religion dans ma vie. En effet, ne 
pouvant plus aller au lycée ou voir mes ami(e)s, je n’avais plus toutes ces 
“distractions” qui me servent d'excuses. Ce confinement m’a donc permis de 
me confronter à moi-même, et de me poser de réelles questions."

MB : Quelle est la place de la religion dans ta vie ?
Ma religion occupe une place très importante dans ma vie, c’est mon guide, 
un peu comme un carnet de survie et je n’ai pas envie de m’en séparer sous 
peine d’être perdue. Je suis croyante et pratiquante même s’il y a toujours 
des points à améliorer et des choses à apprendre.
Par ailleurs, on a tendance à penser qu’il suffit de prier ou jeûner pendant 
le mois de Ramadan et que cela fera automatiquement de nous des bons 
croyants. Mais cela n’est pas suffisant. Être musulman, c’est aussi porter 
des valeurs de paix, d’amour et de partage. Je tiens à insister sur cela car 
on entend beaucoup de fausses affirmations dans les médias ou en écoutant 
les gens parler. Ma religion m’a appris que le pardon et la patience sont 
des qualités rares et précieuses et qu’il faut de la grâce pour rester 
bienveillant dans des situations cruelles. Elle m’a appris que l’honnêteté, 
la sincérité, la simplicité, l'humilité, la générosité, l’absence de vanité 
et la capacité à servir les autres sont des qualités à la portée de toutes 
les âmes. L’Islam n’est pas une religion de haine et de violence. La haine 
ne vient pas de la religion, elle vient de la peur et de l’ignorance. Nous 
nous devons tous d'essayer de comprendre et de connaître (de se faire son 
propre avis, et non d'écouter sans esprit critique tout ce que les médias 
disent)avant de juger."

Même si toutes les expériences sont différentes, le confinement a eu un impact sur la foi de beaucoup de personnes. Pour certains, l’isolement a été mal vécu, et a pu démotiver, notamment à cause de l’absence des rassemblements. D’autres, au contraire, quelle que soit leur religion, ont profité de cette période pour se poser et réfléchir sur leurs croyances, et ainsi approfondir leur lien avec Dieu. Une chose est certaine : cette crise a provoqué des réflexions en chacun de nous, croyants ou non, sur notre place dans le monde et dans l’univers… Espérons qu’il en résultera des changements positifs, à petite et grande échelle !

MB

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